Faut-il parler des drames du monde aux enfants ?

 


Le drame de Sierre (mars 2012) vient de se produire, avec 28 victimes, dont 24 enfants belges.
Les médias en parlent énormément.  Les images d’autocar broyé, de cercueils, de blessés, de victimes défilent.
Mes 3 enfants ne sont pas au courant et je ne compte pas leur en parler pour éviter des tracas, cauchemars inutiles.
Faut-il vraiment remettre l’accent sur cette tragédie à l’école ?
S’ils n’abordent pas le sujet, je ne compte pas en parler.
S’ils posent des questions… je les laisserai exprimer leurs ressentis.

Voici les 10 raisons pour lesquelles je n’ai pas parlé de ce drame à mes enfants et à mes élèves :

1) Phobies – traumatismes – cauchemars
Je ne souhaite surtout pas créer une phobie des accidents et des autocars, des cauchemars, des traumatismes.

Lors de l’incident nucléaire de Fukushima, un élève (très avancé) demande à son institutrice si une telle catastrophe pourrait se produire en Belgique.

L’institutrice lui dit que c’est possible mais peu probable.  L’enfant n’en a plus dormi pendant trois jours et n’est plus venu à l’école durant cette période !

Depuis l’accident d’autocar de Sierre, une élève qui doit bientôt partir en classes de de dépaysement ne dort plus !

2) Trop jeunes pour « gérer » et réagir à ce genre d’information.
Les jeunes enfants ne sont pas (tous) assez mûrs pour comprendre et gérer ces informations.
Les JT s’adressent aux adultes et ne sont pas adaptés aux enfants.
C’est pour cela que la France a instauré les codes parentaux à beaucoup de films.

3) Ne pas rentrer dans la surinformation et la surmédiatisation

Ce n’est pas parce qu’un fait est relaté dans des médias (pour adultes) qu’il doit être abordé à l’école avec des (jeunes) enfants.

4) Est-ce utile pour le développement de l’enfant ?
À quoi cela sert-il ?  Qu’est-ce que cette information leur apportera dans leur vie, dans leur développement, dans leur éducation ?
Quels apprentissages vont-ils en tirer en étant mis au courant ?
En quoi cette information va développer leur « responsabilité » et leur  » autonomie » ?
Si la réponse est « rien », il ne faut pas leur en parler.

5) Est-ce utile pour diminuer, changer ou éviter la catastrophe ?
Les enfants sont impuissants par rapport à ces catastrophes et ne peuvent rien faire pour les éviter, pour les changer, pour les en empêcher.
Je préfère montrer les malheurs du monde lorsqu’ils seront capables de les comprendre, et mieux, d’AGIR, de protester, d’essayer de changer les injustices, violences du monde.

6) Pessimisme et démoralisation
À force de regarder et de lire quotidiennement les malheurs du monde, on en perd le moral et on pourrait se dire que le monde est « pourri, violent »

7) Risque de banalisation et de fatalisme des malheurs.
La surabondance d’informations de ce type peut  « endormir » la capacité d’action de l’être humain qui est inondé d’images violentes.

8) Images violentes trop nombreuses
Les images de malheurs (et de violence) sont malheureusement beaucoup trop nombreuses par rapport aux images de bonheur dans les JT.
Il est inutile de les mettre toutes en évidence.

9) Pourquoi certains drames et pas d’autres ?
Si on parle de ce drame, pourquoi ne pas parler aussi

  • Des 4 morts (dont 3 enfants) dans la fusillade de Toulouse :

http://www.lalibre.be/actu/international/article/726994/fusillade-toulouse-meurtre-odieux-de-juifs.html

  • Du viol collectif de Bruxelles :

http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/389110/cinq-ans-ferme-pour-viol-collectif.html

 

  • Du vitrioleur qui a jeté de l’acide sulfurique au visage de sa femme

http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/389169/proces-vitrioleur-patricia-lefranc-est-deja-morte.html

 

  • Des 8 motards blessés volontairement à Laeken

http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/389174/drame-de-laeken-l-homme-maintenu-en-detention.html

 

  • Des 5 morts dans une avalanche en Norvège

http://www.lesoir.be/actualite/monde/2012-03-19/cinq-morts-dans-une-avalanche-en-norvege-903736.php

 

  • De l’attentat à la voiture piégée en Syrie :

http://archives.lesoir.be/syrie-des-morts-et-des-blesses-dans-un-attentat-a-la_t-20120318-01VGG5.html?query=syrie&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=syrie&pos=0&all=5499&nav=1

etc.

Pourquoi accorder plus d’importance aux morts belges plutôt qu’aux morts français ou syriens ?
Nous sommes tous des êtres humains égaux et les frontières ne sont que des inventions de l’homme.
Chaque mort est donc aussi important que les autres
.

10) Réaction de l’adulte modérée
L’enfant sera surtout choqué par la réaction de l’adulte par rapport à cet évènement.
Si l’adulte y accorde beaucoup d’importance, l’enfant y accordera également beaucoup.

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2012-03-14/les-enfants-guettes-par-le-traumatisme-de-l-autocar-902810.php

 

On peut y lire :
« Dans le monde actuel de surinformation, ils sont quotidiennement inondés d’images violentes. « Il y a un endurcissement de la communauté, notamment des enfants, par rapport aux nouvelles plus dures », explique-t-il. Les enfants seront plutôt touchés par la réaction des adultes que par le contenu de l’accident : « Pour un enfant, voir sa maman ou son papa pleurer est très choquant, encore plus pour les très petits ». « 

VN:F [1.9.22_1171]
EVALUEZ CET ARTICLE
Rating: 4.0/5 (1 vote cast)
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 0 (from 0 votes)
Faut-il parler des drames du monde aux enfants ?, 4.0 out of 5 based on 1 rating

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *