Changement de places mal accepté

Enfants-rois plus jamais ça !

Cas vécus :  Changement de places peu apprécié !

Acte 1) Je me rends une fois par semaine dans une classe de 3e-4e.  Après un mois à la même place, je décide de changer les places.

Acte 2 – 10h45) « Sophie » (faux prénom) me dit « Ma maman a dit que je ne pouvais pas aller à côté d’un garçon.

– Puis-je connaitre la raison ?

– Je ne sais pas mais ma maman a dit au début de l’année que je ne pouvais pas aller à côté d’un garçon.

– Sans raison valable, tu resteras à côté de « Sylvain » (faux prénom)

Acte 3) Sophie se met à pleurer.

Je lui demande : « Quel est le problème avec les garçons ?  Pourquoi ne veux-tu pas te mettre à côté d’un garçon ?

– J’ai eu des problèmes avec les garçons avant.

– Lesquels ?

– Je ne le dis pas.

(Après vérification auprès de ses anciennes institutrices, Sophie n’a jamais eu de problèmes avec les garçons.  De plus, elle discute régulièrement avec son voisin masculin qui se trouve derrière elle.)

– Eh bien, ne t’inquiète pas, tu n’auras aucun problème avec Sylvain, qui est un très gentil garçon.

La fin de l’avant-midi se passe sans problème.

Acte 4) Il est 12h10, le papy de Sophie vient me trouver

– Monsieur, pourriez-vous changer ma petite-fille de place et la mettre à côté d’une fille

– Pourrais-je savoir pour quelle raison ? Quel est le problème avec les garçons ?

– Ce n’est pas important, ce n’est pas votre problème, ma petit-fille est angoissée et pleure, il faut la changer de place.  Regardez dans quelle état elle est.

– Je tiens à ce que chaque enfant apprenne à vivre à côté de tout le monde sans exception.  S’il n’y a pas de raison valable, je laisserai donc Sophie à côté de Sylvain.  Mais je vais quand même en discuter avec la directrice pour savoir ce qu’elle pense.

– D’accord, à tout à l’heure.

Acte 5) J’expose le problème à la directrice qui me dit comprendre mon point de vue qu’elle trouve justifié.

« Je parlerai au grand-père que je connais bien, il n’y aura pas de problème » me dit-elle

Acte 6 – 13h15) Le grand-père rivient enthousiasme :

« Alors, vous avez discuté avec la directrice ?  (Connaissant bien la directrice, il pensait qu’elle allait être d’accord avec lui) »

– Oui, elle est d’accord avec moi, et trouve aussi que Sophie doit rester à sa nouvelle place.

– (énervé – le ton de la voix s’élève) Non, ce n’est pas possible, vous ne comprenez pas, ma fille est dans un état.  J’en ai discuté avec sa maman au téléphone durant midi.  Si nous étions au mois de septembre, je retirerais ma petite-fille de l’école, rien que pour ça, même si je suis content de l’école.  […]

Acte 7)  Le grand-père s’en va.  La petite fille le rejoints toute souriante :

« Alors papy, je vais changer de place ?

– Non, monsieur ne veut pas.

– Oh, non !  (et elle se remet à pleure en entourant son papy avec ses bras.)

Le papy a les larmes aux yeux et s’en va

Acte 8) Une minute après, il revient dans l’école et appelle Sophie :

« Fais ton cartable, on s’en va ! »

Acte 9) Les institutrices et surveillantes interviennent et demande au papy (qu’elles connaissent bien) de venir discuter calmement à l’intérieur.

Il se met à raconter son problème.

Les institutrices et surveillantes essaient de lui faire comprendre que je suis l’instituteur et que c’est à moi de gérer et d’organiser la classe le mieux possible.

La directrice arrive, écoute le papy et essaie de lui faire comprendre la situation.

« Si nous changions maintenant Sophie de place, nous lui rendrions un très mauvais service (pour l’éducation) »

Et j’ajoute :

« Si vous reprenez votre fille, elle manquera des leçons importantes.  Laissez-la-moi l’après-midi et je rediscuterai avec elle, vous allez voir, cela va bien se passer.  Vous discuterez avec sa maman ce soir calmement et vous en reparlerez demain matin avec la titulaire. »

Le papy cède et me donne le cartable.

Acte 10 – 13h40 – en classe)  « Les enfants, j’aimerais que ceux qui ne sont pas content de leur place (et de leur voisin) lève le doigt »

Sept doigts se lèvent.

« Tu vois Sophie, il y a ici dans cette classe, 7 enfants comme toi, qui ne sont pas satisfaits de leur place MAIS ils ne pleurent pas et ne font pas un scandale.  J’aimerais bien que tu arrêtes maintenant de te plaindre et de pleurer près de ton papy. »

La leçon commence.  Cinq minutes plus tard, Sophie est toute souriante et rigole.

« Alors Sophie, pourquoi ris-tu alors qu’il y a 10 minutes, tu pleurnichais près de ton papy ?

– C’est parce que ma copine m’a dit que quand on était à côté de quelqu’un qu’on n’aimait pas, il fallait faire comme s’il n’existait pas.

– Ok, tu as trouvés une solution à ton problème.  Maintenant, à 15h30, lorsque tu verras ton papy, vas-tu te remettre à pleurer ?

– Non

– C’est bien, mais tu sais, ton papy est triste et crois que tu es en train de pleurer en classe pour le moment.  J’aimerais bien que quand on quittera la classe, tu lui dises que tout va bien et que tu n’as plus envie de changer de place.

– D’accord »

Acte 11 – 15h30) Sophie quitte l’école très souriante avec son papy.

La surveillante l’a croisée dans la rue sur le chemin du retour avec un grand sourire aux lèvres.

 

Conclusion :

Sophie est une petite fille unique  très intelligente, mais le décès de son père a probablement provoqué une surprotection et des gâteries excessives.  Elle a appris avec les années que son papy « exauce tous ses voeux » dès qu’elle pleurait.  C’est ce qu’elle a essayé de faire dans ce cas-ci.

Heureusement, que toute l’équipe éducative (et surtout la directrice) m’a soutenu dans ce conflit.

(J’aurais très mal accepté que ce conflit tourne dans le sens contraire.  Cela aurait été la porte ouverte à tous les caprices des élèves !  Et la classe serait peut-être devenue ingérable.)

 

Bruno Dobbelstein

écrit le 3 novembre 2007

vécu le 3 octobre 2007

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